tous ensemble sans plus

 C'est le titre d'un recueil  de 14 nouvelles de Georges Flipo. A la fois touchantes, tendres, féroces  et pleines d 'humour "sucré-salé". Voici ce qu'il en dit :

  "L'idée de ce recueil est simple : on n'a jamais tant parlé, en France, de mixité sociale, d'égalité des chances, de fractures du corpus national. Mais on n'a jamais eu autant envie de se resserrer en petits cercles, entre semblables. J'ai voulu écrire un recueil sur ces fractures sociales, sur ces clivages selon l'âge, le milieu, l'apparence, la couleur, la religion, l'origine."

 Toutes sont belles, mais j'ai une tendresse particulière pour "Le Monsieur de l'autre lit" dont voici un extrait :

 "Philippe sentit monter une colère muette et impuissante. Il ne pouvait évidemment plus faire un scandale et réclamer sa chambre pour lui seul, ce serait très désobligeant envers ce Kristofer avec tous ses k qui lui souhaitait la bienvenue. Il ne tenait pas à passer pour xénophobe, d’autant que le chirurgien qui devait l’opérer portait un nom imprononçable, genre tchèque ou slovaque, « mais il est français comme vous et moi », l’avait rassuré son médecin traitant. Kristofer Kask, lui, n’était certainement pas français, en tout cas pas comme vous et moi, il avait un affreux accent venu de nulle part, avec des consonnes finales qui claquaient et d’autres qu’il mouillait.
- C’est très joli, votre accent, vous venez de quel pays ?
- Je suis estonien, mais il y a longtemps que je vis en France.
- Ah, parfait.
Philippe avait hésité à ajouter « J’aime beaucoup l’Estonie », mais il s’en était abstenu, craignant que Kristofer lui demandât ce qu’il aimait en Estonie. Que diable y avait-il à aimer en Estonie ?"